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Héraclite qui vivait 500 ans avant le Christ, avait imaginé que chacun des composants du monde possédait son antagoniste, et que leurs forces opposées entretenaient
un brassage incessant, un combat permanent, lequel s’intégrait selon lui dans le grand mouvement perpétuel dont il opposait deux types:
- l’harmonique (il n’évoquait que des forces physiques sans intervention de puissances sacrées); et
- le chaotique.
Il ne savait pas que le chaos allait, 2500 ans plus tard, être l’objet de la géométrie dite fractale, et considéré comme le représentant de
l’agencement le plus complexe, mais cependant le plus logique des composants de ce monde. En ce temps là, le chaos était donc conçu comme un fatras non organisé.
L’homme, bien que le composant le plus complexe de la nature et le plus capable de percevoir une essence à celle-ci, obéit d’abord à ce chaos. Il vécut
longtemps en hordes sauvages, conduites selon la loi du plus fort et du plus brutal. On tuait cent êtres humains sans plus d’émotion que si l’on tuait un mouton. Ni la vie ni la mort des autres ne préoccupait
quiconque.
Or 100 ans après Héraclite, vint Socrate. Tel un prophète laïque, il conçut et enseigna que chaque être humain était un composant à part entière de la
nature et, mieux encore, de sa fraction vivante, donc doué d’instinct comme les animaux. Doué en plus d’intelligence en tant qu’homme, il pouvait, en intégrant ces deux fonctions, en induire une troisième, celle de
responsabilité individuelle. Pour cela, il devait s’exercer à se comprendre; "le connais-toi toi même" ne fut pas que le principe précurseur de la psychanalyse, il fut le précurseur des Droits de L’Homme
et celui de la déclaration de Gide selon laquelle "chacun est le plus précieux de tous les êtres". Cette responsabilité lui fixait le devoir d’autocensure: "ne fais pas aux autres ce que tu n’eus
point aimé qu’on te fit". L’homme de Socrate était doté d’une justice intérieure.
Ces principes n’avaient pas été dictés par des Dieux. Socrate était un prophète laïc. Les lignes de conduite qu’il édictait ne se déduisaient que de la
seule nature, laquelle n’obéissait qu’à une essence dont chaque constituant, matériel ou vivant, ne pouvait agir que dans une direction, celle du bon fonctionnement, celle du bien. Car cette nature était unique et
ne pouvait perdurer que si elle obéissait à un mécanisme, le bon.
Socrate s’inscrivait ainsi, au royaume du polythéisme, en faveur du futur monothéisme et quasiment de la démocratie, où chacun a le pouvoir de
s’exprimer et d’agir selon sa conscience: d’où la nécessité que celle-ci suivit la bonne direction.
Bien que la morale de Socrate n’attaquait ni la religion ni la société avec lesquelles elle passait un contrat morale, celles-ci perçurent les pièges
qu’un tel art de vivre faisait courir à la liberté en sauvagerie. Elles le condamnèrent en un procès assez tordu, tout en l’invitant à en fuir la sentence. Pour les (et se) compromettre, Socrate but la sigue, comme
le Christ se laissera crucifier, comme Mishima se fera harakiri.
La mort s’inscrit désormais dans la morale du bien; l’individu doit tout sacrifier, même sa vie, à la meilleure marche de la société. D’où la non
interdiction de la légitime défense, ni de la guerre défensive.
Les successeurs de Socrate allaient, tout en prêchant la morale, tenter de la faire plus accessible à tous. Aristote et Spinoza, tout en soutenant la
nécessité que les hommes se conduisent dans le sens du bien et non dans celui du contraire, reconnaissaient que tous les hommes n’étaient pas doués de la personnalité de Socrate, ils allèrent jusqu’à reconnaître
qu’une sagesse trop stricte pouvait ne pas mener à la béatitude, mais à l’ennui. Quels humains n’éprouvaient pas des envies, des haines, des pulsions, dont il fallait tenir compte dans le jugement de leurs
comportements. Reste que beaucoup sont pathologiquement atteints de névrose obsessionnelle ou/et pulsionnelle, de manie, de paranoïa…
Ils étudièrent donc, plutôt que la morale, la science de celle-ci, l’éthique; tandis que la morale de Socrate indiquait jusqu’où il ne fallait pas
aller du tout, l’éthique tenta de définir jusqu’où on pouvait ne pas aller trop loin.
En fait, la religion, puis la justice, allaient se mêler à la discussion, et c’est finalement la justice qui s’est emparée du pouvoir, lequel s’était
emparé d’elle depuis longtemps.
Nos contemporains refoulent de plus la morale et se donnent, entre autres excuses, le fait qu’ils obéissent à l’éthique. Ils ont officialisé celle-ci
en organisent des comités nationaux, régionaux, corporatifs.
Leurs conclusions à l’officialité ambigu ont surtout pour objet de préparer l’opinion aux votes par le législateur de lois violant la pure morale.
Quelles réactions non encore éteintes, n’a pas suscitées la loi sur l’avortement de Simone Veil? Elle n’aurait pas entraîner tout ce vacarme, si elle
avait été savamment concoctée par un comité d’éthique.
On a vu que toutes les lois sur la fécondation, préparées par le comité national de l’éthique biomédicale, sont passées sans problèmes au parlement
français.
Certaines pratiques immorales courantes dont ce n’est pas le comité de l’éthique qui peut les interdire, mais le législateur, demeurent non abordées,
même au sein de ses comités, façon de les faire perdurer: ainsi les essais thérapeutiques qui, pour étudier un médicament l’administrent à 500 patients tirés au sort, et qui ne savent pas s’ils le reçoivent ou non,
tandis qu’est administré un faux médicament dit placebo (‘je plairai’) à 500 autres, eux aussi tirés au sort, n’ont jamais été autorisés ni interdits. Que diraient les citoyens non avertis s’ils savaient que les
indications thérapeutiques qui se plient à cette méthode, sont donc dictées par le tirage au sort, ne pas l’autoriser, mais ne pas l’interdire.
Somme toute, l’éthique prépare une évolution des mœurs telles que beaucoup d’interdictions morales d’hier sont levées, et si le parlement transforme
ses conclusions en lois, l’interdiction légale d’hier l’est aussi.
Chaque corporation, s’il n’a pas un comité, déclare avoir son éthique. Or les sportifs bafouent les interdictions du dopage, les politiciens
commettent, en trouvant ça tout naturel, ‘politiquement correct’, les pires abus de biens sociaux: je ne me permettrai pas d’en citer, les pages de journaux en sont remplis.
Restent que ceux-ci nous informent de plus en plus nombreux actes de violences et des plus divers délits corporels, dont l’exercice de la pédophilie,
qui se pratiquent à grand échelle. Va t-on créer un comité d’éthique sexuelle, et le composer des experts de tous les types de sensualité?
Je pense quand à moi qu’il serait plus efficace de rétablir l’enseignement de la morale à l’Ecole primaire.
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