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SCIENCE, RELIGION ET ETHIQUE AU XXIE SIECLE

Dr. Henry Babel
Pasteur de la cathédrale Saint-Pierre, Genève, et président du Comité consultatif des religions

 

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Christianity
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Peace

Le paradoxe de la situation culturelle du monde à la veille du XXIe siècle

Pour la première fois de son histoire, l’espèce humaine est entrée dans une période de mondialisation due au développement technologique accéléré, résultant de l’application à la vie individuelle et collective des découvertes scientifiques. Nous assistons à l’émergence d’une société informationnelle planétaire à couverture géographique totale du fait de la rapidité des moyens de transport et de la circulation instantanée des images et des sons.

Cette orientation irréversible semble à première vue justifier une vision optimiste de l’avenir en raison de la multiplication des contacts et des échanges, condition de la marche vers l’harmonie et la paix.

Mais, comme il en va toujours dans l’histoire, ce phénomène entraîne des effets pervers dus a la mise en question des équilibres naturels, à la rupture entre les individus et les peuples et même à l’atomisation de la vie dans les sociétés dites technologiquement avancées.

De l’atomisation a la recherche d’une nouvelle synthèse

Le développement scientifique accéléré a commencé en Occident (mais aussi en d’autres régions du globe) avec l’application à l’étude du monde et de la vie de la méthode expérimentale dite objective. Plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, les premiers philosophes grecs ont, à la suite de Thalès, mis en question les mythes des anciennes religions en analysant la matière en vue d’identifier ses éléments constitutifs fondamentaux. Cette recherche a abouti à la découverte de l’atome’, terme grec qui signifie insécable.

Il importe de reconnaître les bienfaits que nous devons tous au développement des sciences dans le domaine de la médecine, par exemple, comme en d’autres domaines. Mais il est impossible d’en contester l’ambiguïté puisque la science, comme telle, accroît notre savoir sans pour autant nous fournir un code éthique de ‘savoir-vivre’

Par ailleurs, la pluralité des sciences, qui va s’accentuant avec les nouvelles découvertes, a mis en question la vision religieuse du monde sans opérer de nouvelle synthèse, difficile à réaliser en raison de l’ampleur des connaissances.

A l’origine, le savoir et le savoir-vivre allaient de pair comme le prouve le mot ‘philosophe’ qui, en grec, signifie à la fois ‘savoir’ et ‘sagesse’. Dans les sociétés dites ‘avancées’ de la planète sous le rapport scientifique et technologique, l’afflux des connaissances, loin d’élever le niveau culturel moyen de la population, la plonge parfois, au contraire, dans la perplexité et le chaos dus à «l’overdose» d’information. On assiste même à un phénomène «d’acculturation» qualifié par un philosophe allemand de «désenchangement du monde» (Entzauberung der Welt).

Science et religion au XXIe siècle

A la veille du XXIe siècle, il importe de remédier au divorce qui sépare la culture scientifique de la culture religieuse comme aux tensions qui opposent les différents domaines des science et rivalités entre religions qui vont jusqu’à menacer d’embraser certaines parties du monde.

Face à cette situation, la tolérance est certes préférable à l’affrontement à condition qu’elle n’ait rien de condescendant mais conduise à un véritable respect de la vie et des convictions d’autrui.

Nos rencontres doivent viser ce dépasser la tolérance en vue d’un dialogue constructif capable de déboucher sur une vision du monde cohérente pour l’avenir. En qualité de théologien et de pasteur de cathédrale, je comparerais notre tâche à celles des courageux constructeurs qui, en assemblant des matériaux très divers ont visé à réaliser l’harmonie suprême.

De l’énergie physique à l’énergie spirituelle

A mes yeux, la méthode scientifique d’expérimentation objective qui suppose le "désengagement de l’observateur" face à son objet et la méthode d’expérimentation existentielle et globale qui est à la base de la religion ne sont pas exclusives mais complémentaires.

Les sciences humaines sont, par rapport à la spiritualité bien comprises, comme les piliers sur lesquels, à un certain niveau, les voûtes s’appuient tout en les dépassant.

Le point de contact nous est aujourd’hui fourni par le développement même des sciences physiques. Au cours du XXe siècle, la physique a prouvé que l’atome n’avait rien d’atomique puisqu’il est déjà une réalité complexe chargée d’une énergie fabuleuse.

De l’avis des observateurs, le problème numéro un du XXIe siècle sera celui de la pénurie d’énergie. Même au cas où l’on parviendrait à utiliser de nouvelles sources comme la fusion de l’atome, l’espèce humaine ne souffrirait pas moins d’un besoin chronique d’énergie morale et spirituelle.

C’est cette énergie que la religion devra impérativement lui fournir dans la pluralité de ses formes grâce à la source inépuisable que nous devons chercher en nous-mêmes.

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